03.12.2007

Quatre Roues et deux coeurs !

Monique et Alain s'aiment, ils vivent ensemble et autonomes. C'est rare d'être un couple dans un appartement quand on est dans leur cas ... "On s'est connus parce que j'avais froid". Voilà ce que répond Monique lorsqu'on lui demande de raconter sa rencontre avec Alain. Elle avait froid et lui a demandé de devenir son copain, ça l'a fait rire. C'était il y a quinze ans.bea1e8a4607ab98f2d67fdba62652a13.jpg C'aurait pu être une histoire comme tant d'autres, mais comment s'aimer et vivre ensemble lorsque les fauteuils risquent de s'entrechoquer ? Monique et Alain sont tous deux handicapés moteurs. Ils se sont rencontrés alors qu'ils vivaient en foyer.

A leur arrivée à Chinon, ils ont intégrés un studio dans la structure collective de l'Institut du MAI où ils ont appris à gérer eux-mêmes leur quotidien : la lessive, le repassage, l'organisation des repas, les courses ... soutenus par des professionnels, et à s'ouvrir au monde extérieur. C'est ainsi qu'ils ont fait connaissance avec la maison de quartier de la ville où ils participent à différentes activités manuelles.

Aujourd'hui, dans une seconde étape, les voici en appartement au coeur de Chinon. En situation réelle, ils mettent ce qu'ils ont appris en application, avec la complicité bienveillante et attentive de l'Institut du MAI. Quand on entre dans leur appartement, on aperçoit, à gauche, une cuisine spacieuse aux couleurs claires, laissant pénétrer la lumière. Tandis que la machine à laver termine son travail, Alain nous mène dans la salle de séjour. Des oiseaux - une passion de Monique - chantent à tue-tête, ils égaient l'appartement de leurs gazouillis. A noter, la présence d'une chaîne Hi-Fi, d'un téléviseur, d'une table à repasser. Alain et Monique ont chez eux toutes les activités et tous les loisirs d'un couple ordinaire. S'ils vivent en appartement aujourd'hui, c'est parce qu'ils l'ont voulu ; c'est également parce qu'on leur a permis.

L'Institut du MAI, centre de formation à l'autonomie et à l'insertion sociale, s'est ouvert en juillet 1996, à Chinon, en Indre et Loire (France). Novateur, cet établissement est pour l'instant le seul à proposer ce type de formation. Son objectif : permettre aux personnes handicapées d'accéder à l'autonomie.

"J'ai toujours vécu enfermée. On ne se rend pas compte, mais j'étais étonnée de pouvoir faire ce que je voulais, car au Foyer nous n'avions aucune liberté, même pas celle de gérer nos comptes, de signer des chèques, d'aller faire quelques emplettes. On nous mâchait et on nous faisait tout. Il n'y avait pas d'autonomie", dit Monique.

Ils ont connu la "Résidence du MAI" à l'occasion d'une visite, ils accompagnaient une amie. Le projet les a séduits, ils ont posé leur candidature qui a été acceptée. A force de persévérance et avec l'aide des professionnels, ils ont pu progressivement accéder à une autonomie de couple. "Lorsque je suis arrivé à Chinon, explique Alain, je ne pouvais pas faire mes transferts, c'est à dire mes passages d'un fauteuil à l'autre, je ne pouvais les faire que du côté gauche. A l'Institut du MAI, ils m'ont dit : si tu peux le faire à gauche, tu peux le faire à droite. Aujourd'hui, je les fais des deux côtés. Au Foyer, on ne me l'avait jamais appris".

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Vivre de manière autonome, c'est aussi vaincre ses peurs. Le handicap n'est pas une fatalité, il faut avoir la volonté et le courage d'affronter la vie comme les autres. La journée commence à 8h15, on se lève, on se lave seul, on fait nos courses sans assistance, on cuisine, dit Alain. C'est surtout lui qui fait la cuisine et mitonne les petits plats que Monique apprécie.

C'est surtout Monique qui fait la vaisselle. Alain n'aime pas trop. Un lave-vaisselle pour deux, ce ne serait pas raisonnable, commente Monique. On regarde la télévision, on vit ... presque normalement dit encore Alain en souriant. Enfin pas tout à fait, car le soir il faut penser à mettre en charge les fauteuils électriques pour ne pas être en panne le lendemain. Il y a aussi le parcours obligé qui sillonne la ville et leur interdisent certains endroits : parce qu'ils pourraient faire une chute en roulant sur un trou, parce q'un passage pour piétons ne les attend pas toujours en face des trottoirs leur permettant de traverser sans risque. De ce côté, il reste peut-être encore à faire. Monique et Alain ont aujourd'hui terminé leur apprentissage de l'autonomie : ils ont décidé de quitter leur F2, qui dépend de l'Institut du MAI, et de franchir le pas de la troisième étape. Ils ont hésité à chercher un appartement plus grand, dans une ville où ils ne connaissent personne. Bientôt, ils emménageront à Poitiers. Ils n'ont pas peur de quitter les lieux et les personnes connues pour aller ensemble, vers l'aventure qu'ils ont décidé de vivre à deux, en toute liberté.
  Caroline Gauthier